FANTÔME
de Monica Sabolo
Qu’est-ce que je croyais? Qu’elles poseraient sur moi leurs beaux yeux maquillés, qu’elles me souriraient comme si elles me connaissaient? Quand je les ai vues, les deux femmes juges, leur robe noire, impériale, j’ai pensé, ça va aller, maintenant. Elles vont leur dire à tous : « Non, ce n’est pas sa faute », ces mots que même ma mère n’a pas réussi à prononcer, même quand, à l’hôpital, ils ont dit qu’il fallait me recoudre car j’étais déchirée, à l’intérieur, même quand ils ont trouvé ce truc chimique dans mon sang, la drogue des violeurs. Je sais ce que les gens pensent: elle est pas normale, cette fille, et d’abord qu’est-ce qu’elle foutait là, la nuit, dans ce parking, avec ces types ? J’ai pensé,…
