Comme chez les poupées, pas roumaines mais russes, tout est ici gigogne. Les récits s’emboîtent, chacun s’ouvrant sur des abîmes de questions. Les personnages, féminins surtout, s’enchâssent d’une génération sur l’autre, intervertissant parfois leurs prénoms. Voici d’abord Marie – à moins que ce ne soit Maria, comme sa grand-mère morte –, narratrice en quête de racines. En compagnie de sa mère Olympia, femme aussi spectaculaire que son prénom le suppose, mais que tout le monde appelle Jana, elle séjourne à Mioritsa, en Roumanie, le bourg natal de la génitrice. En résultent, sur fond de langues maternelles qui s’entrechoquent, français ici, roumain là, des quiproquos en cascades, des silences où se terre l’indicible, lesquels font glisser le roman familial du côté du théâtre d’ombres. Le souvenir d’une empoisonneuse surgit, la Securitate,…
